virginal. La sonorité de cet instrument est tellement menue et frêle que l’image sonore obtenue par l’enregistrement ne peut donner qu’une idée approximative des subtilités et des richesses chromatiques qu’il recèle.
Heureusement, ce problème ne se pose nullement pour les quatre clavecins qui sont restitués dans l’intégralité de leurs spectres sonores respectifs. Aussi peut-on apprécier à leur plus juste valeur les différences de chacun d’entre eux: la finesse, la clarté et la légèreté tout éthérée du Denis, le mordant et l’impulsivité du Ruckers, la rondeur et la profondeur des basses du Blanchet et finalement, l’ampleur et l’opulence du Taskin.
Marie-Anne Dachy manipule avec une égale aisance chacun de ces cinq claviers et nous livre à chaque fois une interprétation absolument en phase avec les exigences esthétiques. Quel bonheur que d’entendre la musique, si intime de Jean-François Dandrieu sur ce Denis et Vaudry ! Cette musique nous donne un juste reflet de ce qu’a pu être la musique d’appartement, si éloignée des fastes de la cour, au grand siècle. Toute autre est déjà l’atmosphère que dégage le Musicalischer Parnassus: Erato de Johan Caspar Ferdinand Fischer et qui requiert un clavecin plus vigoureux, en l’occurrence un Ruckers. Mais le moment émotionnel le plus fort du disque semble être Les Idées Heureuses Tendrement, sans lenteur, extrait du Second Ordre de François Couperin. Et c’est avec une sonate de Joseph Haydn, interprétée sur un opulent Taskin que Marie-Anne Dachy achève avec panache cette pérégrination claveciniste que l’auditeur peut suivre comme un parcours initiatique.
Ce disque, qui est d’ailleurs accompagné d’un excellent livret explicatif, devrait donc être un ouvrage de référence pour tous ceux qui s’intéressent au clavecin et à son histoire. PiRath”